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La mort d'Hector Pieterson, une photo dans l'histoire sud-africaine
Sam Nzima le 7 juin 2006 à Lillydale devant la photo qu'il a prise le 16 juin 1976 © AFP Gianluigi Guercia
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Mercredi 14 juin 2006 - 12h19
La mort d'Hector Pieterson, une photo dans l'histoire sud-africaine Partenaire de Zahbra Actualités
 

LILLYDALE (AFP) - La photo, en noir et blanc, a fait le tour du monde, symbole de la brutalité du régime d'apartheid: Hector Pieterson, écolier abattu par la police le 16 juin 1976, première victime du soulèvement de Soweto, gît dans les bras d'un plus grand que lui, en larmes.

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Le photographe, Sam Nzima, aujourd'hui âgé de 71 ans, vit à Lillydale, petit village accessible uniquement par la piste, à la frontière du parc Kruger, dans le nord-est de l'Afrique du Sud.

Trente ans après, il garde le souvenir intact de cette journée, qui allait changer le destin du pays. Et mettre un terme abrupt à sa carrière de journaliste. "C'était juste une manifestation. Les étudiants étaient heureux", raconte-t-il. "Ils brandissaient des pancartes, pas des armes".

Averti la veille par la rédaction de son journal, The World, Nzima s'était rendu sur place tôt le matin. Il était au milieu des étudiants lorsque les policiers ont fait usage de la force. "Ils ont commencé à tirer. Ils tiraient au hasard", se souvient-il.

Touché d'une balle dans la tête, Hector Pieterson, 13 ans, tombe. Un ami le ramasse pour tenter de l'emmener à l'hôpital. Nzima prend une séquence de six photos avec son Pentax SL, doté d'un objectif 50mm. C'est la troisième, "la meilleure, la plus compacte", qui sera retenue. Corps sans vie, la bouche en sang, Hector Pieterson est porté par Mbuyisa Makhubu, le visage tordu de douleur. A ses côtés, légèrement en retrait, Antoinette, sa soeur, en uniforme d'écolière, semble perdue dans sa peine.

Nzima enlève la pellicule de l'appareil et la cache dans une de ses chaussettes. Quelques heures plus tard, la photo fait la une de l'édition du soir du World. Le lendemain, 17 juin, elle est "dans tous les journaux britanniques".

Le monde découvre la sanglante répression d'une révolte étudiante.

Nzima va connaître le harcèlement policier, les pressions, la peur.

Accusé d'avoir donné "une mauvaise image du pays", il est traqué par les forces de l'ordre. Contraint de quitter Soweto, où il vit avec sa femme et ses quatre enfants, il rentre à Lillydale, son village natal, où il ouvre une épicerie. Rapidement, le photo sera censurée, The World contraint de fermer ses portes. Mais le harcèlement de Nzima cesse pas pour autant.

Quelques mois après son arrivée, il reçoit la visite de policiers qui viennent s'assurer qu'il n'a pas l'intention de poursuivre ses activités "subversives" depuis son village. "Joernalis van die kak" (journaliste de merde), lui lance en afrikaans l'officier venu lui signifier son assignation à résidence. "Si vous refaites ce que vous avez fait à Soweto, on vous envoie en prison".

La pression s'estompera peu à peu. Mais Nzima ne reprendra jamais son appareil: "Il n'y avait pas de journaux ici, pourquoi prendre des photos ?".

Aujourd'hui retraité, il raconte inlassablement son histoire, étroitement liée à celle du 16 juin 1976, dans les écoles et les collèges. La photo lui apporté une forme de gloire - il se rappelle, ému, de ses rencontres avec Bill Clinton et Nelson Mandela - mais peu d'argent. A l'issue d'une longue bataille, il a récupéré ses droits en 1998, mais a beaucoup de mal à les faire respecter. Fier de son travail, devenu une référence du photojournalisme, il est un peu amer du manque de reconnaissance, symbolique et financière, de la part du gouvernement.

Nzima a précieusement conservé le Pentax SL qu'il vendra peut-être un jour, "aux enchères", pour financer un projet de musée, juste derrière sa maison. Les négatifs ont disparu. "Personne ne sait où ils sont. Ils ont fermé le journal. Ils ont tout détruit".

 
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